Gandi, ou la conscience politique des lignes de commande

30/06/2005, par jmm
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[MaJ : voir aussi mon édito au sujet d’une partie de ce qui suit, Combien vaut une ligne de code ?, un peu moins fouillis, un peu plus InternetActu, aussi]

Je profite de la publication de l’interview de Valentin Lacambre & Laurent Chemla que j’ai faite avec Cyril Fiévet pour rajouter mon grain de sel dans le débat en cours.

Ceux qui ne savent pas ce dont il est question trouveront un bon résumé de l’histoire de Gandi sur le blog de Samuel, et une présentation du parcours, et des positions politiques, de Laurent & Valentin en exergue de l’interview sur InternetActu.

Pour en revenir à mon grain de sel, il s’agit d’un point qui n’a finalement pas été publié dans l’interview, mais qu’il me semble important de relayer. En discutant avec Laurent et Valentin de la pétition d’Olivier contre la vente de Gandi, du millier de personnes qui l’ont signé et des projets qu’ils n’avaient pu (ou pourraient vouloir) soutenir, Valentin évoqua l’idée d’organiser un grand raout à la Mutualité, et qu’il en sortirait forcément quelques idées.

Ce qui m’a fait repenser à la liste de projets (mutual funds, en anglais) des hacktivistes d’RTMark (également connus pour avoir lancé les Yes Men [cf le film & le livre]), que j’avais traduite en français il y a quelques années (mais qui semble malheureusement avoir depuis été délaissé). L’idée était, non pas tant de lever des fonds, que de trouver des partenaires (techniques, médiatiques, petites mains, financiers aussi au besoin) pour des projets, en l’occurence subversifs. Et que ce genre d’initiative, à ma connaissance, n’existe pas en France, iGenerator, « générateur d’initiatives« , n’ayant pas vraiment vocation à recenser les « hacktions » de ce type (mais pourquoi pas, c’est un wiki !).

En tout état de cause, autant j’étais pour le moins sceptique quand j’ai découvert la pétition d’Olivier (parce que ni lui ni les co-signataires ne savaient ce qui avait présidé à la décision de vendre Gandi), autant je trouve que l’écho qu’elle a reçu témoigne bien de ce que rapporte, dans un autre registre, l’article de Sylvie Krstulovic et Alban Martin sur le « gratuit comme point de départ de la co-création de valeur » (ou comment « vendre » la musique en ligne) que vient de publier InternetActu.

En résumé : cette forme (ce « fonds« ) de « commerce » n’est pas tant de l’ordre du marché que de celui, étymologique, de la « relation« . Si WikiPedia définit le commerce comme un « échange de biens et de services entre deux partenaires en contrepartie d’une somme d’argent« , mon Larousse à moi en parle tout d’abord comme d’un « rapport, relation (avec qqn); fréquentation« , ainsi que comme « relations charnelles« . En l’occurence, nombre des signataires de la pétition semblent se reconnaître dans les propos d’Octave Klaba, directeur technique du registrar OVH et (par ailleurs) principal concurrent de Gandi en France, pour qui « le succès de Gandi est attaché à son positionnement marketing et à la personnalité de certains de ses fondateurs« .

La vente de Gandi, les raisons de cette vente (« que faire de tant d’argent ? »), et les répercussions qu’elle aura sur ses « clients », ne tiennent pas tant à des motifs économiques, marchands (de type « c’est moins cher ailleurs ») qu’à des questions politiques : à ce jour, il n’existe pas d’autre registrar ayant fait montre d’une quelconque conscience politique de ce que signifie le fait de « louer » son nom (de domaine) -encore que Gandi, comme indiqué ici ou là, avance effectivement que l’on est « réellement propriétaire de (son) domaine ».

La force de Gandi (23e registrar mondial, 1er en France) tient en partie aux désormais célèbres « Confessions d’un voleur » de Laurent, au fait qu’il ne s’agit jamais que d’un service permettant d’entrer quelques lignes de commande dans une base de données -mais qui faisait montre d’une certaine conscience politique desdites lignes de commande- et non d’un but commercial, marchand, de se faire du blé. L’interview me semble assez claire à ce sujet.

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Une Réponse a “Gandi, ou la conscience politique des lignes de commande”

  1. InternetActu.net :

    Combien vaut une ligne de code ?

    Gandi est à vendre. L’information, publiée dans les Echos et reprise dans 01net, a rapidement fait le tour de la blogosphère, entraînant nombre de billets et commentaires, une pétition contre la vente de Gandi » signée par plus de 1200 personn…

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