La preuve scientifique n’est pas la « reine des preuves »

06/06/2006, par jmm
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D’un point de vue policier, et judiciaire, l’ADN n’est qu’un indice, pas une « preuve« . J’en avais déjà longuement parlé dans Le Monde et InternetActu, France Inter en remet une louche, exemples à l’appui, foi d’un journaliste copain comme cochon avec la police.

Pendant 20 ans, Alain Hamon a été grand reporter spécialisé dans les affaires criminelles et judiciaires. Il a depuis créé l’agence CREDO, « première agence française et européenne spécialisée dans la « sécurité intérieure » » (sic), dont le site suinte la victimisation sécuritaire.

Hamon prépare aujourd’hui un livre sur la police technique et scientifique. Interviewé à ce sujet le 16 mai dernier sur France Inter, il confirme ce que j’avais pu avancer, exemples à l’appui :

Il y a la police technique, et la police scientifique. La police technique, ce sont pour la plupart des policiers, du personnel administratif, et la police scientifique, ce sont des laboratoires, et des scientifiques qui, contrairement aux films et aux feuilletons télévisés, n’ont pas l’impression d’avoir la science infuse. Tous m’ont dit que la preuve scientifique ne sera jamais la « reine des preuves ». D’abord parce qu’elle peut être manipulée, et ça existe, ça s’est fait, je l’ai vécu.

C’est plutôt sain de savoir que dans un métier comme ça on doute…
La patronne du labo à Paris, à l’époque, m’a tout de suite dit « Attention, l’ADN on en mange tous les matins au petit déjeuner dans les infos, mais ce n’est pas la reine des preuves »

C’est vrai que dans l’inconscient collectif aujourd’hui, l’ADN signifie garanti sur facture
Si la marge d’erreurs est très faible, il y a surtout des possibilités de manipulations. Je me souviens d’une histoire entre voyous où sur des écoutes téléphoniques on entendait un groupe de voyous préparer sa vengeance contre une autre équipe de voyous en faisant récupérer par l’un d’entre-eux dans des bistrots les mégots d’un malfrat de l’autre équipe pour pouvoir les mettre sur une scène de crime.

La science va-t-elle irrémédiablement prendre de plus en plus de poids, et rendre notre environnement de plus en plus high tech y compris dans les affaires de police ?
Oui, je ne sais si on peu le souhaiter ou le craindre, mais c’est vrai qu’il y a peu de choses qui échappent aux enquêteurs, il y a encore quelques années, on ne pouvait pas vous écouter en direct sur votre téléphone portable, mais que enregistrer vos communications, maintenant on peut se bancher en direct, il y a encore 2-3 choses que je ne dévoilerai pas et qui peuvent passer au travers de leurs investigations, mais c’est vrai que le progrès est tellement grand que l’on se demande ce qui pourra passer au travers. Cela dit, on peut aussi raisonner comme les policiers de base pour qui ce n’est pas grave parce que de toute façon, les malfaiteurs auront toujours assez d’imagination pour aller toujours un petit peu plus loin et puis les scientifiques comobleront le retard, et les malfrats, etc., mais c’est vrai que Big Brother n’est pas loin, c’est clair…

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