La France a “reconduit” plus de 190 000 étrangers depuis 1990

27/03/2007, par jmm
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Initialement publié en mai 2006, ce billet vient d’être actualisé pour tenir compte du nombre, mis à jour, de « reconduites » à la frontières.

Près de 80.000 personnes ont été déboutées du droit d’asile depuis que Nicolas Sarkozy est entré au ministère de l’Intérieur (+40,5% entre 2004 et 2005, +150% au total). Comme il s’en vantait en mai 2006, « le nombre des reconduites à la frontière exécutées a doublé en trois ans : de 10 000 en 2002 à 20 000 en 2005« . Il flirte désormais avec les 25 000.

Ce record a été rendu « possible par la construction de centres de rétention administrative (968 places en juin 2002, 1 447 places aujourd’hui, 2 500 places en juin 2007) et par l’allongement de la durée de rétention (passée de 12 à 32 jours maximum)« .

A contrario, les méthodes deviennent expéditives : en février dernier, une circulaire expliquait aux préfets comment parvenir concrètement à démultiplier le nombre d’interpellations de sans-papiers, y compris à leur domicile, dans les locaux d’associations, les foyers et centres d’hébergements, dans les véhicules (de pompiers, bus associatifs, ambulances…), et jusque dans les hôpitaux, et même les blocs opératoires… ce qui a d’ailleurs conduit Médecins du Monde a lancer une pétition au motif que « le droit aux soins est inscrit dans le préambule de la constitution française (que) c’est un droit fondamental de la personne humaine (et qu’)il ne doit jamais être utilisé à d’autres fins que la préservation de la santé« .

La circulaire donne même « des recettes destinées à piéger ces étrangers par des convocations d’apparence anodine dans les préfectures« , afin de les y interpeller en leur faisant croire qu »ils sont convoqués pour être régularisés.

Selon Nicolas Sarkozy, qui situe le nombre de sans-papiers dans « une fourchette allant de 200 000 à 400 000 individus« , entre 80 000 et 100 000 étrangers en situation irrégulière s’installeraient en France chaque année.

En 2005, le Ministère de l’intérieur et de l’aménagement du territoire a dénombré 19 848 « mesures d’éloignement » (arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière, arrêtés d’expulsion, interdictions judiciaires du territoire). L’objectif fixé par Nicolas Sarkozy était de 23 000. Pour 2006, il est de 25 000. En mai 2006, je publiais ce tableau :

167 900 expulsions depuis 1990

Le Monde vient de publier un graphique, encore plus parlant, actualisant le nombre de reconduites à la frontière à l’horizon 2007 :

La somme des reconduites à la frontiere

Dans un article intitulé « Sans-papiers : l’autre « chiffre » de la politique d’expulsion« , Damien de Blic, enseignant-chercheur en sciences politiques et membre du RESF Paris 11e, rapporte que l’objectif 2007 serait de 28 000 expulsions :

On peut ainsi raisonnablement estimer que c’est l’équivalent d’au moins 15 000 emplois à temps plein qui est consacré à l’expulsion des sans-papiers. (…)

Si l’on traduit ces emplois sous une forme monétaire, ce sont donc au minimum 3 milliards d’euros qu’auront coûté au total les expulsions réalisées depuis 2003 : l’équivalent du budget annuel du ministère de la culture ou encore deux années de fonctionnement de la ville de Marseille. C’est aussi le déficit de la caisse national d’assurance vieillesse prévu pour 2007. (…) le budget 2007 de la Police national laisse apparaître une nouvelle hausse de 60 % de ce volet budgétaire largement consacré aux frais d’expulsions, à hauteur de 107 millions d’euros. D’après Carine Fouteau des Echos [7] , la prise en compte de la masse salariale fait croître le budget de la lutte contre « l’immigration irrégulière » jusqu’à 687 millions d’euros, soit l’équivalent de plus de 10 000 emplois à temps plein destinés à l’expulsion des sans-papiers. (…)

Le budget 2007 de la Police national laisse apparaître une nouvelle hausse de 60 % de ce volet budgétaire largement consacré aux frais d’expulsions, à hauteur de 107 millions d’euros. D’après Carine Fouteau des Echos, la prise en compte de la masse salariale fait croître le budget de la lutte contre « l’immigration irrégulière » jusqu’à 687 millions d’euros, soit l’équivalent de plus de 10 000 emplois à temps plein destinés à l’expulsion des sans-papiers.

Au total, et depuis 1990, plus de 190 000 personnes ont ainsi été reconduites, réacheminées ou expulsées. Maitre Eolas préfère opter pour le mot « déportation » (« afin d’éviter des redondances administratives (et) sans parallèle douteux avec LA Déportation, bien entendu« ). Dans un billet intitulé Air Chiotte, récit d’une expulsion, dans les toilettes d’un avion, d’un débouté du droit d’asile, il faisait part de sa répulsion : « La honte m’a fait baisser les yeux. Et elle me cuit encore« .

Espérons, à l’instar d’Agnès Maillard, que « les flics soient des humains comme les autres » et que « la peur soit en train de changer de camp« .

Voir aussi : Il ne fera pas bon s’aimer entre Français(e)s et étranger(e)s

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7 Réponses a “La France a “reconduit” plus de 190 000 étrangers depuis 1990”

  1. rewriting.net » La France a “reconduit” plus de 190 000 étrangers depuis 1990 :

    […] Initialement publié en mai 2006, ce billet a été actualisé en mars 2007 pour tenir compte du nombre, mis à jour, de “reconduites” à la frontières : plus de 190 000. […]

  2. Wazoo : Moi j'dis ca... j'dis rien! :

    La France a "reconduit" plus de 190 000 étrangers depuis 1990…

    Un article très intéressant sur rewriting.net qui montre que le nombre d’expulsion a augmenté de 40% entre 2004 et 2005 (cf graphique plus bas)… que le cout de la politique d’expulsion depuis 2003 est d’au moins 3 milliards d’euros (le budget …

  3. alouette :

    Mais Maître Eolas signale aussi dans son billet « Parce qu’il va falloir continuer à vivre ensemble », commentaires 25 et 43, que paradoxalement « Nicolas Sarkozy est le ministre de l’intérieur qui a le plus régularisé d’étrangers ». Il illustre son propos d’un graphique publié sur le site du Monde http://www.lemonde.fr/web/infog/0,47-0@2-823448,54-892474,0.html

  4. jmm :

    Le problème, avec le graphique en question, c’est qu’il émane de l' »Amaem », qui correspondrait (peut-être) à l »Association Marocaine d’Aide à l’Enfant Malade », mais dont on ne trouve aucune référence sur le web, et qu’il est donc impossible de savoir qui a sorti ces statistiques, ni pourquoi.

    Par ailleurs, la question est aussi de savoir combien coûte ces « éloignements ». Aporismes.com en a fait un papier, où l’on lit que « si l’on en croit la Cour des Comptes, il est extrêmement difficile de trouver des informations précises sur ce sujet. Un petit manque de transparence que le journal Les Echos aurait aidé à effacer en avançant le chiffre de 27.000 euros. Soit, pour 25.000 éloignés la bagatelle de 675 millions d’euros« .

  5. armand83 :

    le problème c’est que personne ne parle du fait que ces chiffres doit être mis en relation avec le nombre d’entrées clandestines qui a également augmenté . Ce qui explique également le plus grand nombre de régularisé.

    Il serait bon de mettre en // le nb d’entrée estimé

  6. jmm :

    si vous avez des chiffres « fiables », je suis preneur…
    l’avantage des chiffres exposés ci-dessus étant qu’ils émanent du ministère de l’intérieur, qui peut bien plus facilement décompter les reconductions (officielles) à la frontière que les entrées (clandestines)
    accessoirement, je n’ai pas entendu dire qu’il y avait eu une telle « explosion » d’entrées clandestines ces dernières années
    mais je peux me tromper

  7. Ma décennie Sarkozy – le premier quinquennat | BUG BROTHER :

    […] mars, dans un billet intitulé La France a “reconduit” plus de 190 000 étrangers depuis 1990, je remarquais que près de 80 000 de ces 190 000 expulsés l'avaient été depuis que Nicolas […]

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